On entre dans l’immeuble
sans regarder la glace
l’image de la femme grise
Son cœur gelé
comme la mémoire du bébé
Francis, mort-né
On descend les escaliers
sans penser à un mari
qui a fiché le camp
Ses cris alarmés
comme un garçon effrayé
des ombres de la nuit
On s’installe au bureau
sans manger pendant des heures
parce que le chagrin dévore
Voyage quotidien
comme un squelette désintégré
le désespoir consomme
On se lève de sa chaise
sans parler à personne
dans la salle de fantômes
Leur insouciance étouffante
comme des larmes effondrées
d’âpres hystérectomies
On monte dans l’ascenseur
sans apporter le sac
des histoires atroces
Les pages du passé
comme la tombe de Francis
enterré à Charonne
On sort du bâtiment
sans regretter les jours
car les étoiles brillent
et leur splendeur invite
comme Niel Armstrong incite
à se rendre sur la Lune
Emme Devonish
Octobre 2011
Emme a gagné le Prix de Troisième Place dans le Concours de Poésie 2011 (Le Département de Français, School of Languages and Cultures, The University of Sydney) pour la rédaction de Voyage Quotidien.